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This page last updated 15 April 2007
Anglicans Online last updated 10 December 2017

L'église catholique romaine et l'église anglicane : tour d'horizon historique

Mgr. Pierre W. WHALON, Evê que des é glises amé ricaines en Europe

Traduction de l’anglais : Edward HUGHES 

Pendant son premier millénaire d'existence, il n'y avait qu'une seule Église. L'église d'Angleterre faisait partie de cette Église catholique, ayant existé en Grande-Bretagne depuis le deuxième siècle de notre ère. Jusqu'au septième siècle, l'église des îles britanniques jouissait d'une indépendance considérable face à Rome. Suite au grand clivage entre l'église d'orient et celle d'occident, le plus souvent daté de l'an 1054 après J.-C., l'église anglaise restait tout à fait partie de la portion occidentale, soumise à l'autorité du pape comme chef des évêques. La première indication que les anglais puissent se considérer comme quelque peu soustraits de la domination de Rome se trouve dans une phrase bien connue de Magna Carta : "L'église anglaise (Ecclesia Anglicana) sera libre".

Ce serait les problèmes de succession au trône anglais qui ouvriront la voie au développement de l'anglicanisme. Malgré la défaite écrasante de ses rivaux pendant la terrible guerre civile que l'on appelle la Guerre des roses, Henry VII et sa descendance de la famille Tudor gardaient quand même une peur énorme d'un retour à l'instabilité de cette époque. Son fils Henry VIII épousa une princesse espagnole, Catherine d'Aragon, après la mort de son mari Arthur, le frère aîné d’Henry. Finalement elle mit au monde une fille, Mary. Henry, homme profondément religieux, se mit à croire que le fait de se marier avec la veuve de son frère avait suscité la colère de Dieu, puisque l'union n'avait pas produit de fils, donc pas de véritable héritier du trône. Il commença alors à réfléchir sa situation, surtout après avoir fait la connaissance d'une belle dame de la cour, Anne Boleyn.

Le partisan le plus dévoué de la papauté à cette époque était ce même Henry VIII, qui avait donné non seulement de l'argent au pape, mais qui lui avait fourni également des soldats pour ses guerres ; il avait en outre publié sa propre condamnation solennelle et érudite du luthéranisme. En 1521 Henry se vit désigner "Défenseur de la foi" pour ses efforts, titre dont tout monarque anglais a gardé depuis. Convaincu que son mariage avec la femme de son frère était théologiquement incorrect, il fit appel au pape, demandant l'annulation du mariage. Malheureusement le pape, Clément VII, membre de la famille de Medici, avait été battu en guerre par Charles V, l'ennemi acharné d’Henry et aussi neveu de Catherine. Le pape était alors prisonnier de Charles lorsqu’il reçut la pétition d’Henry.

Les propagandistes des deux côtés essayent de faire une image honorable ou pour Clément ou pour Henry dans cette affaire. Ils contribuèrent, tous les deux, à l'issue finale : Henry se déclara Chef suprême sur terre de l'église d'Angleterre, obtint son annulation de Thomas Cranmer, son Archevêque de Cantorbéry, et commença à sombrer dans une mégalomanie meurtrière. Il y avait largement de précédents pour accorder à Henry l'annulation qu'il voulait. Si Clément n'avait pas été pris dans le piège de ses propres machinations, il aurait pu le faire. Le fait que des princes comme Clément étaient couramment élus à la papauté est une des raisons majeures pour la Réforme protestante.

L'église d'Angleterre et l'église de Rome
Cette affaire indigne, animée par la politique impitoyable et d’Henry et de Clément, déclencha une spirale de luttes aussi bien diplomatiques que militaires entre les monarques Tudor et la papauté qui ouvrit la voie au développement du christianisme anglican comme nous le voyons aujourd'hui. En retirant l'église d'Angleterre de la domination de Rome, il donna de l'espoir, par inadvertance, à ceux en Angleterre et ailleurs qui voulaient réformer l'église selon les idées de Luther. Une fois Henry était mort, son Archevêque de Cantorbéry, Thomas Cranmer, publia le premier Book of Common Prayer (Livre de Prière Commune) en décembre 1549. Il s'agit de la tentative classique d'auto-réforme par une église catholique (l'église d'Angleterre). Ce premier livre de prière représentait plusieurs aspects de la Réforme, adaptés par les anglais : une recherche chez l'église primitive comme modèle liturgique et théologique ; une forte insistance sur la lecture et l'interprétation des écritures en anglais, la langue vulgaire ; communion pour tous du chair et du sang ; une structure quotidienne de prière pour les chrétiens. Un deuxième Livre, beaucoup plus influencé par les théologiens réformés continentaux, parut en 1552.

Mary Tudor, la fille d’Henry et Catherine, succéda à Edward et retourna l'Angleterre au catholicisme romain. Sous son règne, Cranmer et nombre d'autres hommes de l'église furent mis au bûcher, d’où le surnom de la reine, "Bloody Mary" (Marie la sanglante). Après sa mort, Elizabeth I, fille d’Henry et Anne Boleyn, devint reine. Tout de suite elle dut lutter pour maintenir la légitimité de son titre. Son idée était de résister aussi bien aux partisans catholiques de la papauté qu'aux protestants de deuxième génération enamourés de la théologie de John Calvin. Elle restitua le livre de prière de 1552, avec quelques modifications tendant à réduire le caractère réformé du livre. Dès lors le Book of Common Prayer est un pilier de l'anglicanisme.

Une dernière tentative au renversement forcé d'Elizabeth de son trône ayant échoué, le pape Pie V l'excommunia en 1570. Du fait, les partisans anglais du pape devinrent de facto les ennemis de la reine. En 1588, avec l'encouragement de la papauté, l'Espagne envoya une armada de navires et de soldats à la conquête de l'Angleterre. Les partisans d'Elizabeth furent rassurés par la défaite de l'armada que l'église de la reine était sous protection divine. Par ailleurs, la persécution des catholiques romains en Angleterre s'intensifia. Une inimitié profonde entre les deux églises commença alors qui dure jusqu'à nos jours.

Elizabeth conduisit l'église d'Angleterre à nouveau vers le modèle catholique mais réformé qui fut construit pendant le règne d'Edward. Sans vouloir (comme elle dit elle-même) "ouvrir les fenêtres de l'âme des hommes", elle exigeait quand même un comportement conforme à la liturgie de l'église. Au fil des années, cette approche deviendrait la tradition de liberté considérable de croyance et de conscience dont jouissent les anglicans aujourd'hui. C'était aussi le premier exemple réussi du développement d'une forme nationale du christianisme occidental. Aujourd'hui la communion anglicane comporte 36 églises nationales indépendantes, appelées «provinces», chacune représentant une adaptation locale du catholicisme réformé qu'est l'anglicanisme.

Vers un catholicisme réformé
L'Archevêque de Cantorbéry sous Elizabeth, le très compétent William Whitgift, s'affaira à éduquer des gens lettrés et brillants afin de développer un raisonnement théologique pour ce catholicisme réformé.En moins d'une génération, l'église d'Angleterre avait un grand corps de théologiens et experts bibliques qui créa éventuellement le King James Bible, le 1662 Book of Common Prayer, et des chefs-d'œuvre théologiques tels que The Laws of Ecclesiastical Polity (Lois de la politique ecclésiale) de Richard Hooker. Les anglicans maintiennent cette excellente tradition érudite, et restent ouverts à ses fruits.

Un des jeunes gens brillants d'Elizabeth, John Jewel, dans son Apology of the Church of England (Apologie de l'église d'Angleterre) énonça le principe qui donne à l'anglicanisme son approche particulière. L'effet de la Réforme dans l'église anglaise n'était pas, dit-il, de présenter de nouveautés théologiques mais de restaurer l'église catholique en Angleterre à "l'église primitive des anciens pères et apôtres, c'est-à-dire au premier fondement et commencement des choses, comme aux fondations et sources de l'église du Christ". À la différence des églises réformées du continent, l'église d'Angleterre et ses églises-filles indépendantes n'ont jamais eu un théologien principal dont la pensée détermine leur structure et doctrine.

Enfin, un autre aspect qu'Elizabeth fit jouer dans l'anglicanisme, c'est le rôle des laïcs dans la gouvernance de l'église. Refusant le titre grandiose de son père, Chef suprême, elle préféra "Gouverneur suprême", titre dont son successeur Elizabeth II utilise encore. En tant que gouverneur laïc, le monarque est responsable du bien-être de l'église, surtout en ce qui concerne le temporel. (L'autorité de la reine se termine, pourtant, aux frontières de l'Angleterre. Chaque église anglicane est responsable de sa propre gouvernance.) Le rôle des laïcs à chaque niveau de la gouvernance de l'église épiscopale américaine, par exemple, revient précisément à ce principe ; la coutume de l'église ancienne de l'élection des évêques a été en outre restaurée.

Racines communes, chemins divergents
Faire un rapport entre le catholicisme romain et l'anglicanisme, c'est donc comparer deux communions mondiales dont les points communs reflètent leurs racines communes, et dont les différences reflètent les chemins divergents qu'elles ont empruntés pour se réformer. Ainsi les deux églises utilisent des liturgies anciennes, présidées par un clergé ordonné par des évêques, eux-mêmes consacrés dans la lignée soigneusement préservée des évêques de l’église ancienne. Les deux églises lisent la Bible avec les apocryphes. Toutes les deux, elles récitent, comme déclaration fondamentale de leur foi, les symboles de Nicée et des apôtres ; elles administrent les sept sacrements ; elles ont des ordres religieux (chez les anglicans, ces ordres ont été renouvelés au XIX siècle).

La réforme suivie de Rome, commencée au Concile de Trent, se donne pour but la purification et la fortification de son catholicisme en intensifiant, de façon de plus en plus forte, le concept médiéval du rôle du pape comme la personne centrale sur terre qui garde et qui interprète la foi et l'ordre chrétiens. La réforme suivie des églises anglicanes consiste à soutenir la foi et l'ordre catholiques en dispersant le rôle et l'autorité du pape parmi les évêques, le clergé et les laïcs. Cela représente leur effort continu de restaurer la vie ecclésiale de l'église primitive, comme elles la conçoivent. Dans ce sens, les catholiques romains et les anglicans représentent des tentatives opposées de réformer et de maintenir la foi de leurs racines communes. Autrement dit, la différence fondamentale entre l'anglicanisme et le catholicisme romain est toujours, "pas de pape".

Ceci est trop simple, bien entendu. La plupart des anglicans aujourd'hui (mais pas tous, certes!) acceptent que l'Évêque de Rome ait un rôle proéminent à jouer dans le christianisme, même celui de porte-parole des chrétiens pour les choses les plus fondamentales. Mais ils refusen absolument toute prétention à un pouvoir juridique. Autrement dit, ils accorderaient au pape le même genre de rôle que celui de l'Archevêque de Cantorbéry, qui est symbole d'unité et d'autorité morale. Pour les catholiques romains, cela ne suffit pas, parce que leur tradition a développé et maintenu la notion que la communion avec Rome exige la soumission des diocèses locaux à l'autorité du pape. Ils ont tendance à se méfier du flou de la communion anglicane, son manque d'une personne ou d'un organisme central et fort qui prenne les décisions (même s'il y a des catholiques romains qui cherchent une structure similaire pour leur église).

Unité, spécificité et œcuménisme
Les autres différences entre l'anglicanisme et le catholicisme romain reviennent à cela. Pour les anglicans, leur spécificité est surtout provisoire—une façon d'être chrétien alors que l'unité de l'église est brisée. Ils cherchent à résoudre les problèmes de culture nationale en adaptant de façon pratique ce que, selon eux, faisaient les premiers chrétiens (ou ce qu'ils auraient fait). C'est parce qu'ils ressentent de façon très forte le besoin de réunir les églises que les anglicans ont créé le mouvement œcuménique. Les catholiques romains, par contre, croient que leur église est la seule et vraie, et que sa foi doit donc être maintenue partout dans le monde de façon la plus uniforme possible. La réunification des autres chrétiens avec Rome demeure (malgré quelques progrès) au fond une histoire de les encourager de reconnaître leur besoin de la papauté comme elle existe actuellement.

Vivre avec la différence, dans la foi
L'histoire des deux églises est une histoire de lutte. Les anglicans et les catholiques romains se sont entretués dans le passé. Ils continuent à répéter certaines propagandes du passé. Même aujourd'hui, il y a beaucoup de catholiques romains qui croient qu’Henry VIII créa une nouvelle religion parce que le vertueux pape Clément lui refusa un "divorce" qui aurait légitimé sa luxure. Quelques anglicans considèrent toujours que Rome est "la putain de Babylone" du livre de l'Apocalypse. Mais leurs similarités pèsent beaucoup plus que leurs différences. Chaque église a beaucoup à apprendre de l'autre de son expérience de vivre et de penser la foi dans des contextes multiformes. On peut se demander que serait-il produit si Henry VIII et Clément VII avaient été de meilleurs disciples de Jésus. Mais Dieu a permis aux deux églises de continuer, et, disons-le, de prospérer. Nous ne pouvons qu'espérer qu'un jour, les anglicans et les catholiques romains apprendront à se réjouir de leurs différences comme enrichissements providentiels de cette foi catholique qu'ils partagent depuis toujours.


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